Home Église donne-nous tes excuses – La paix dans le monde ne peut se passer des excuses aux femmes de la part de la hiérarchie ecclésiastique

Église donne-nous tes excuses – La paix dans le monde ne peut se passer des excuses aux femmes de la part de la hiérarchie ecclésiastique

Ce ne sont pas des femmes athées, anticléricales ou agnostiques qui ont promu et signé ce texte ; mais des femmes croyantes, des femmes qui ont orienté leur conscience vers une spiritualité simple et en même temps ouverte au souffle de la Ruah, des femmes assoiffées de vérité et de justice, des femmes en quête d’horizons de foi toujours plus profonds et plus étendus, des femmes qui croient et pratiquent – dans l’humilité, mais aussi dans le courage du témoignage – la sororité et la fraternité humaines dont Jésus a été un témoin clairvoyant. 

C’est à la question de la présence des femmes dans l’Église que nous voulons nous référer : en effet il ne s’agit pas d’une demande de partage du pouvoir, de cooptation dans le système clérical actuel, mais c’est plutôt la question de la prise en compte de la centralité des relations, à laquelle renvoie la déclaration fondatrice : “Homme et femme, il les créa”.

Les relations entre les femmes et les hommes au sein de l’Église sont depuis longtemps malades, car elles sont imprégnées de stéréotypes dépréciatifs sur les femmes : des visions avilissantes, qui déforment leur image en leur refusant l’intégrité. De ces prémisses, la dévalorisation du féminin est une conséquence logique. Et que l’on ne réponde pas que l’Église vénère Marie, qui serait supérieure à tous les apôtres, et donc avec elle toutes les femmes ; car c’est la personne incarnée qui doit être respectée, les femmes dans la chair, et non leur transfiguration imaginaire. Combien “l’exaltation idéale de la femme a servi à couvrir son insignifiance historique” ! Nous en avons fait – hélas – une expérience millénaire.

L’Évangile avait parlé un autre langage : celui de disciple d’égal à égal, pour reprendre la célèbre expression du théologien Schüssler-Fiorenza ; le message de l’Évangile est un témoignage de liberté pour les femmes et les hommes.  Dans l’Église catholique, les Journées mondiales de la paix ont été instituées – et nous les soutenons.  Nous espérons la paix, mais en même temps nous reconnaissons la contradiction d’un monde qui prêche la paix mais l’invoque sur la base de fausses relations, imprégnées de méfiance mutuelle. Mais il y a une contradiction encore plus à la racine. Comment se fait-il que l’on ne comprenne pas que la première racine d’une relation de soumission, le premier noyau fondateur des relations de domination réside dans les relations femmes/hommes ? 

Il n’y aura pas de paix sans cette prise de conscience et sans une profonde conversion.   

Le temps est donc venu de revenir au message de l’Évangile et de permettre à l’Église de réparer ses erreurs historiques. Prenons acte des premiers pas accomplis:

– En 1992, Jean-Paul II a réhabilité Galileo Galilei en reconnaissant que “c’était une erreur de condamner Galileo… [qui] avait eu beaucoup à souffrir – nous ne pouvons pas le cacher – de la part des hommes et des organisations de l’Église”.

– Le “jour du pardon” du Jubilé de l’an 2000, le Pape a demandé pardon pour les erreurs commises auprès des tribunaux de l’Inquisition ; à cette occasion, il a cité les femmes, mais ce n’était qu’une insignifiante référence: “Nous prions pour les femmes qui sont trop souvent humiliées et marginalisées”.

– En 2018, le pape François a présenté ses excuses pour le comportement de l’Église envers les victimes de prêtres pédophiles : “Certaines victimes ont même fini par s’enlever la vie. Ces morts pèsent sur mon cœur comme sur la conscience de toute l’Église”.

Toutes ces positions sont des mesures louables. D’autant plus que ce dernier, qui ne s’est pas limité à un acte de contrition générique, mais est devenu opérationnel en reconnaissant le droit des victimes à s’adresser aux tribunaux d’État qui peuvent ainsi leur rendre justice en condamnant les coupables et en les indemnisant .

 C’est précisément en tant que femmes de foi que nous pensons que le temps est venu, maintenant, pour la hiérarchie de l’Église catholique de s’excuser auprès des femmes, des siècles passés et du temps présent. Elle n’a jamais  pris ses distances par rapport aux déclarations insultantes des Pères de l’Eglise, des apologistes chrétiens ou des saints:

Ne sais-tu pas, femme, que tu es aussi Eva ? Dans ce monde, la condamnation de Dieu contre votre sexe est toujours en vigueur ; il faut que la condition de l’accusé dure aussi… Vous êtes la porte du diable ! C’est vous qui avez contourné celui que le Diable ne pouvait pas tromper ! Vous avez détruit l’image de Dieu, l’homme ! A cause de ce que vous avez fait, le Fils de Dieu devait mourir !” (Tertullien, De Cultu Feminarum, I, 1-2).

Quant à moi, je pense que les relations sexuelles devraient être radicalement évitées. Je pense que rien ne rabaisse autant l’esprit de l’homme que les caresses d’une femme et les relations corporelles qui font partie du mariage” (Augustin, Soliloquia I, 10:17).

L’épouse sera sauvée si elle engendre des enfants qui resteront vierges, si ce qu’elle a elle-même perdu, elle le récupère dans sa descendance et si la chute et la corruption de la racine sont compensées par la fleur et le fruit” (Jérôme, Adversus Jovinianum 1,27 ; P.L.XXIII,260).

L’homme est né de la femme ! Il n’y a rien de plus abject” (Saint Bernard, Sermo in Feria IV° Hebdamodae Sanctae, 6, SBO V, 60).

” En ce qui concerne la nature particulière, la femme est un être défectueux et déficient […] En fait, la vertu active contenue dans le sperme du mâle tend à produire une semence parfaite semblable à elle-même du sexe masculin. Le fait qu’une femme en dérive peut dépendre de la faiblesse de la vertu active ou de la disposition de la matière” (Saint Thomas, Summa Theologica I,92, I, ad I ).

Nous ne pouvons pas manquer de mentionner ce que les représentants officiels des Églises ont écrit, dit et fait contre les soi-disant sorcières. Une florilège de rhétorique misogyne est le Malleus Maleficarum (en 1484, le pape Innocent VIII a publié la bulle Summis Desiderantes Affectibus, par laquelle il confiait à deux inquisiteurs allemands la tâche de rédiger un corpus de sentences pour lutter contre la sorcellerie). Nous signalons ce passage de l’ouvrage, car il ne doit pas être laissé dans l’ombre :

“Mais comme, à l’époque moderne, cette méchanceté se retrouve plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, nous pouvons ajouter que, comme les femmes sont défectueuses dans toutes les forces de l’âme et du corps, il n’est pas surprenant qu’il y ait beaucoup de sorcellerie contre les hommes … en fait, elles semblent appartenir à une espèce différente de celle des hommes … ; la raison naturelle est qu’elle est plus charnelle que l’homme, comme en témoignent beaucoup de saletés charnelles. On peut voir qu’il y a comme un défaut dans la formation de la première femme… De ce défaut dérive aussi le fait que, comme animal imparfait, la femme trompe toujours….. Déjà dans la première femme il est évident que par nature elle a moins de foi : en effet, au serpent qui lui demandait pourquoi ils ne mangeaient pas de tous les arbres du paradis, déjà avec sa réponse, elle se révélait dans le doute et sans foi dans les paroles de Dieu. Et tout cela est déjà dans l’étymologie. En fait, la femme vient de “foi” et “moins”, car elle a de moins en moins la foi et la garde de moins en moins.. Bien que ce soit le diable qui ait fait pécher Ève, c’est elle qui a séduit Adam… Adam a été induit par Ève et non par le diable, la femme est donc plus amère que la mort”.

  Ce ne sont que des fragments d’un système symbolique et d’une économie théologique kyriarcale beaucoup plus vaste et omniprésente, un système si puissant et si profond que son déchiffrage nécessiterait un volume entier – et peut-être ne serait-il pas suffisant.

Ces déclarations ne devraient-elles pas être accompagnées de signes de conversion? N’est-ce pas par ce geste de purification que s’ouvriraient les conditions d’une possibilité de coexistence fondée sur la reconnaissance mutuelle d’une égale dignité ? “Nelson Mandela et Desmond Tutu nous l’ont appris avec les procès sur la vérité, la justice et la réconciliation en Afrique du Sud: c’est l’aveu de la violence exercée par ceux qui l’ont pratiquée qui laisse les victimes libres et leur permet de parler et de recommencer à vivre.  

Dans le cadre de cette économie théologique kyriarcale, nous résumons brièvement quelques violations graves dont le clergé masculin s’est rendu coupable (avec la complicité parfois de femmes consacrées) à l’encontre du sexe féminin :

– Pendant des siècles, il a exclu les femmes de la reconnaissance de leur statut d’Image de Dieu, car l’imago Dei était un attribut exclusivement réservé aux hommes.

– Il a structuré au fil des siècles une vision culturelle de la femme qui a gravement porté atteinte aux relations entre hommes et femmes, légitimant par le charisme du sacré (il s’agirait d’un plan divin, dit-on depuis des siècles) les relations de domination et de soumission qui caractérisent les cultures patriarcales.

– Il a souvent utilisé et exploité le travail des femmes consacrées comme un travail d’esclave, sans reconnaissance économique et sociale.

– Il a exercé (on ne sait pas à quel point, car tout est couvert par le secret) des abus spirituels, de conscience et sexuels.

– Il a contribué, par la diabolisation du corps féminin et la construction de l’image de la “femme tentatrice”, à légitimer la vision selon laquelle les femmes sont responsables des attitudes de harcèlement et d’abus de la part des hommes.

– Il a voulu contrôler en détail la sexualité et le corps féminin, ignorant la sphère du désir sexuel féminin et en ne remettant jamais en question les formes autoréférentielles et non interactives de la sexualité masculine.

– Il n’a pas pris de distance radicale par rapport à la consommation de pornographie et de prostitution, à travers une profonde remise en cause de la sexualité masculine.

– Il n’a pas encore entrepris de réforme sérieuse de la liturgie, du langage pastoral et catéchétique, qui  reconnaisse la subjectivité des femmes.

– Il n’a pas fait amende honorable pour les traductions des Textes sacrés imprégnés de préjugés patriarcaux. 

– Il perpétue une vision déséquilibrée de la relation entre l’homme et la femme par l’exclusion des femmes non seulement des ministères, mais aussi de tous les organes décisionnels au sein de l’Église.

Ce ne serait pas suffisant, mais s’excuser serait un premier pas bienvenu, surtout s’il ne s’agissait pas d’une simple déclaration de principe, mais s’il était accompagné d’actions concrètes et d’un début de collaboration avec des femmes engagées à mettre un terme, par la génération d’une nouvelle vision culturelle, au phénomène dramatique de la violence contre les femmes et des féminicides.

Cette lettre avec les signatures de ceux qui la signent sera envoyée aux Présidents des Conférences épiscopales. Et ensuite à la presse et aux sites web. 

Les femmes- et les hommes- qui, bien que non croyant/es, croient néanmoins que le symbolisme religieux a été et est toujours déterminant dans la construction de relations inégales entre les sexes sont chaleureusement invitées à nous rejoindre. Nous les remercions toutes et tous.

– – – – – – – – – – – –
ICI POUR SIGNER LA LETTRE OUVERTE